Expédier des marchandises en train? Drôle d’idée. Au vu des routes, camions et camionnettes ont gagné depuis longtemps. C’est pourtant un hôtel logistique ferroviaire que la maire de Paris, Anne Hidalgo et la ministre des Transports, Elisabeth Borne, ont inauguré ce vendredi dans le nouvel écoquartier parisien de La Chapelle. Rien de vieillot, au contraire: «Il n’y a pas de réalisation comparable en Europe», a affirmé la ministre. «Avec cet équipement, ce sont 500 camions qui vont s’évaporer chaque jour», a renchéri la maire.

L’équipement en question, l’hôtel logistique Chapelle International, est un bâtiment de 400 mètres de long, en bordure du faisceau de voies ferrées menant à la gare du Nord. A L’intérieur, des rails, des portiques de déchargement, comme dans un port. Les marchandises sont rangées dans des «caisses mobiles», équivalent ferroviaire du conteneur, elles-mêmes posées sur les plateformes d’un train «navette», modèle chemin de fer du navire porte-conteneurs. Arrivés à Chapelle International, les colis sont dispatchés dans des véhicules de livraison à moteur propre pour assurer le dernier kilomètre. Voilà pour le principe.

«Pas un gadget»

Dans la réalité, il va falloir trouver les logisticiens qui feront ce choix du rail. A l’origine du projet, la Sogaris, qui gère le marché de Rungis et s’y connaît en trafic de poids lourds, a fait ce pari du train plutôt audacieux. Directeur général de la société, Jonathan Sebbane veut y croire. Pour lui,  «la donne économique a complètement changé avec le développement du e-commerce». Chez les «donneurs d’ordres», géants du textile ou de l’équipement de la maison, règne l’obsession du « »cut off » qui détermine l’heure la plus tardive pour réussir à livrer le lendemain», explique-t-il. Avec le train, pas d’embouteillages. L’autre facteur clé, c’est la préoccupation environnementale. «Il deviendra de plus en plus difficile de faire rentrer des camions dans Paris», prédit le directeur général.

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La maire de Paris ne dit pas autre chose. «Si nous laissons le e-commerce se développer tel qu’il l’imagine, nous aurons des camions de livraison à la place des petits commerces», prophétise-t-elle. En outre, écologique par sa fonction, l’hôtel logistique le sera encore davantage grâce à sa «cinquième façade» (en français: le toit). «Sur 7 000 mètres carrés, il y aura une ferme urbaine, s’enthousiasme la maire. Je sais ce qu’on me dit: « la voilà la reine des bobos qui va nous parler des fraises »… Mais ce n’est pas un gadget. Ce sont des agriculteurs qui vont venir, des chefs d’entreprise qui ont un modèle économique pour écouler leurs produits et les vendre, notamment aux magasins du XVIIIe arrondissement.» L’aménageur de la ferme, Sidney Delourme, de la société Cultivate, confirme que les fines herbes se trouveront chez Franprix et anticipe une production annuelle de 50 tonnes de fruits et légumes.

Mesures pour le fret

Dans un registre moins bucolique, Elisabeth Borne, ministre des Transports, a profité de cette joyeuse inauguration pour annoncer quelques mesures en faveur du fret, sujet moins gai. Même si aucun ministre des Transports n’a jamais réussi à régler ce problème en France, l’actuelle titulaire du poste affirme qu’il «n’y aura pas de logistique urbaine durable sans un fret performant». Elle annonce une fiscalité revue, une aide d’Etat pour compenser aux chargeurs le prix des péages d’utilisation des voies, le prolongement des aides au transport combiné sur cinq ans et la pérennisation des 10 millions d’euros annuels consacrés à la rénovation des voies de service dans les zones logistiques. Un confrère spécialisé nous apprend que sur la zone de Miramas, près de Marseille, seules quatre des vingt voies de service sont utilisables… Même si Chapelle international se révèle un succès, pour le reste du fret en France, rien n’est gagné.

Sibylle Vincendon liberation.fr